Travailler dans une entreprise japonaise au Japon

Vivre au Japon. Vous êtes encore nombreux à vous demander si vous allez pouvoir un jour vous installer au pays du soleil levant en profitant de vos meilleures expériences vécues lors de voyages. Voire, continuer de savourer des sushi, jouer aux UFO catcher ou encore aller au karaoke. Et si ce rêve n’était qu’une illusion ?

Après avoir passé un excellent séjour au Japon, il n’est pas impossible que vous vous êtes déjà demandés si vous ne vivrez pas définitivement au Japon en trouvant un emploi. C’est typiquement ce que j’ai vécu et que j’ai décidé de vous partager. Mon expérience ne s’arrête pas uniquement au voyage puisque lors de mon visa vacances-travail (PVT), j’ai eu l’occasion de travailler 3 mois dans une entreprise japonaise en informatique au Japon.

Ce retour d’expérience vous permettra d’avoir un aperçu réel sur ce qui pourrait vous attendre et ce que vous devez faire pour vous préparer, et de réussir votre vie au Japon.

Les types de contrat en entreprise au Japon

Avant de trouver un emploi au Japon, il est important de noter qu’il existe plusieurs types de contrat en entreprise au Japon, comme en France ou partout ailleurs. Selon ces types de contrat, il vous sera plus ou moins facile de trouver une entreprise japonaise au Japon.

Il existe 4 types de contrats de travail au Japon que vous devez connaître. Le choix de ces contrats aura une grande importance dans votre réussite au Japon ou pour postuler à une entreprise japonaise.

  • le contrat « Seishain » (正社員) / Employé à contrat indéterminé;
  • le contrat « Keiyakushain » (契約社員) / Employé à contrat déterminé;
  • le contrat « Hakenshain » (派遣社員) / Employé pour une agence d’intérim ou consulting;
  • le contrat « Arubaito » (アルバイト) / Employé à temp partiel;

Ces contrats de travail au Japon ne sont pas permis à tous mais vous pourriez signer pour l’un deux selon vos aptitudes, vos compétences et votre visa au Japon.

Le contrat et le visa au Japon

Pour signer un contrat en entreprise, il faut obligatoirement posséder un visa. Vous ne pouvez pas travailler au Japon en tant que touriste. Lorsque vous voyagez avec un visa étudiant, culturel ou vacances-travail (PVT), vous pouvez assez facilement signer pour un contrat « arubaito » (ou communément appelé « baito »).

Si votre présence au sein de l’entreprise se passe bien avec un baito et que l’entreprise souhaite que vous continuez de travailler, alors vous pourriez demander un contrat indéterminé. Néanmoins ce nouveau contrat ne sera pas suffisant. Si l’entreprise japonaise ne le sait pas, il faudra bien lui préciser qu’il vous faut un visa de plus longue durée. Surtout si votre visa approche de sa date d’expiration.

L’entreprise japonaise n’est pas le seul acteur dans le processus de préparation du contrat. En effet, pour rester plus longtemps au Japon, il va falloir vous rendre à l’immigration japonaise et demander un visa de travail.

Grâce à ce visa de travail et votre nouveau contrat, vous pourrez continuer votre activité professionnelle sans contrainte de temps. 

Mon expérience dans une entreprise japonaise

Introduction sur mon expérience

Avant de vous faire part de mon expérience de travail au Japon, je précise que j’ai travaillé pour plusieurs types d’entreprises japonaises au Japon. Ce retour d’expérience concerne particulièrement une entreprise pour laquelle j’ai travaillé durant 3 mois au Japon.

Lorsque j’étais en visa étudiant au Japon, j’ai travaillé pour 2 entreprises japonaises en contrat baito. Dans deux autres retours d’expérience, je vous avais parlé de ces deux emplois dans un restaurant français (Hibiya Palace) et dans le tri de colis (Yamato transport).

Cette fois-ci, pour ce nouveau retour d’expérience, j’ai décidé de vous parler d’un autre emploi qui m’a marqué plus que les autres. Il s’agit d’un job en informatique, où les aspects de la culture du travail au Japon étaient au rendez-vous.

L’organisation de mon PVT au Japon

En juin 2019, je suis retournée au Japon muni d’un visa permis vacances-travail. J’étais prêt non pas à voyager mais à trouver un emploi me permettant de vivre définitivement au Japon. Le visa PVT au Japon permet de voyager et de travailler. Mais il ne permet pas de travailler tout le temps.

En ce qui me concerne, j’ai travaillé pour une première entreprise pendant 3 mois (celle dont je vais vous parler) et une deuxième entreprise pendant 2 mois. Puis je me suis rendu une semaine dans la région du Kansai pour visiter Kyoto, Osaka et leur ville voisine. Le reste du temps, je profitais de mes meilleurs moments à Tokyo avec mes amis japonais et coréens de la sharehouse.

Comment j’ai trouvé un emploi au Japon ?

De retour au Japon avec un PVT, j’étais déterminé à trouver un emploi pour vivre définitivement au Japon. Grâce à mon précédent visa étudiant, j’avais acquis un niveau conversationnel en japonais.

Pour trouver un emploi au Japon en informatique, j’avais préparé un CV japonais et une lettre de motivation en japonais. En plus de ces 2 documents importants, j’avais également conçu un portfolio en ligne. Lorsqu’il s’agit d’une recherche d’emploi en informatique, au Japon, ces 3 éléments sont indispensables.

Ensuite, j’ai recherché des sites web me permettant de postuler en ligne. Parmi les nombreux outils de candidature en ligne, j’ai principalement utilisé Indeed. En filtrant le type d’emploi que je voulais en informatique, j’ai postulé à plusieurs dizaines d’entreprises par jour (environ 30).

Sur Indeed, lorsque vous cherchez un emploi dans une entreprise en informatique, toutes les descriptions d’emploi sont écrites en japonais. Très honnêtement, je ne lisais jamais et j’avoue que mon niveau ne me permettait pas de comprendre surtout. Ce n’était pas après un an en visa étudiant, que je pouvais lire tous les kanji de la langue japonaise. Dans cette recherche, je lisais uniquement les termes qui me concernaient en informatique (exemple : PAO, HTML, CSS, Photoshop…). Cela me suffisait pour comprendre les tâches que j’aurai été amené à réaliser.

En postulant (presque aléatoirement) à des entreprises (quasiment toutes japonaises) j’ai pu passer des entretiens en japonais qui m’ont semblé pas très difficiles. À aucun moment je me souviens d’y avoir laissé de « blanc », la conversation était fluide et compréhensible.

C’est au bout d’un mois de recherche et au bout du 3ème entretien que j’ai pu décrocher mon premier emploi dans une entreprise japonaise en informatique.

Mon métier au Japon

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à vous parler de cette petite parenthèse sur mon métier au Japon.

Rapide retour en arrière. Durant mon parcours professionnel en France, j’ai étudié au sein d’écoles en informatique (BTS IRIS/Réseaux en informatique, Bachelor et Mastère en développement web). En parallèle de mes études, et bien avant d’être entré en BTS, j’étudiais en autodidacte le webdesign (photoshop) et l’intégration web (HTML5/CSS3).

Au Japon, j’ai donc travaillé dans des entreprises en tant que webdesigner et intégrateur web.

Mon expérience de travail au Japon

Place à la réalité. Il est temps de vous parler de mon expérience au sein de cette société japonaise en informatique. L’entreprise pour laquelle je travaillais était spécialisée dans l’immobilier et le digital marketing. En ce qui me concerne, je contribuais sur la partie digitale.

Lorsque j’avais passé l’entretien d’embauche, j’ai rapidement constaté que j’étais le profil qu’ils recherchaient, ça matchait bien. À un détail près, le salaire. Ce point de détail à son importance pour la suite. À ce moment-là, je travaillais encore en contrat baito avec Yamato transport pour le tri de colis. À Yamato je gagnais environ 1200 yens de l’heure (environ 2000€ le mois). En contrat baito, il est rare d’avoir un tel salaire. Finalement, l’entreprise digitale a décidé de m’embaucher et de me payer environ 1200 yens de l’heure. Au sein de cette société, je n’étais pas en contrat baito, mais plutôt en contrat d’essai permettant d’être en contrat indéterminé.

Mon emploi était très intéressant et me plaisait beaucoup. Durant tout mon parcours professionnel, c’était la première fois que je travaillais pour une entreprise où je pouvais faire du webdesign. À ce moment-là, le webdesign était encore pour moi une découverte puisqu’aujourd’hui je me rends compte que j’étais aussi UI/UX designer. En effet, je réalisais des maquettes web pour la réalisation de pages de sites web. Puis une fois validées par mon supérieur, je devais m’occuper de leur intégration en langages web.

En lisant ceci, si vous travaillez dans les métiers du web, cela pourrait vous surprendre car dans le web chaque tâche est associée à un métier. En fait, j’étais à la fois webdesigner, UI/UX designer, graphiste et intégrateur web. Je peux remercier mes longues années d’étude en autodidacte. Et à côté de cela, je me chargeais également de la conception de bannières web, de flyer et de logo. J’étais un véritable couteau suisse.

L’entreprise semblait sérieuse puisqu’elle veillait bien au respect des horaires. Il n’y avait pas de dépassement comme on l’entend souvent. En PVT, nous sommes autorisé à travailler plus de 28 heures par semaine, pas comme en visa étudiant ou culturel. Je travaillais donc du lundi au vendredi, de 9h30 à 18h30.

Et si on parlait des aspects négatifs ? Jusqu’à maintenant, tout ce que je racontais semblait si beau.

Même si je réalisais très correctement les tâches qui m’étaient confiées, quand la fin de ma période d’essai approchait, ma situation se dégradait. L’entreprise devenait de plus en plus stricte à mon égard.

L’entreprise digitale était une petite entreprise dynamique composée de 6 employés (30-35 ans) et 2 stagiaires (20 ans). J’étais donc le seul étranger. À côté des tâches que je réalisais assez facilement, je reconnais que la partie communication en japonais était bien plus difficile que je l’aurai imaginé. Parmi les employés, certains membres de l’entreprise savait parler anglais et il leur arrivait de parler anglais avec moi lors de la préparation du contrat ou de mes premières tâches en informatique. Au début, nous communiquions en japonais et leur japonais me permettait de comprendre les tâches à réaliser.

Au sein de l’entreprise, les employés utilisaient un outil pour partager les travaux (comme Teams en France) à travers lequel ils ne communiquaient qu’en japonais. Et très honnêtement je perdais pas mal de temps à traduire avec Google traduction. Autant je savais parler en japonais avec un niveau conversationnel, autant j’étais incapable de lire le keigo (langage respectueux en japonais utilisé en entreprise et par les séniors). Et les seuls employés qui pouvaient parler anglais et avec lesquels j’étais capable de comprendre en japonais, se sont mis à parler dans un japonais que je ne pouvais plus comprendre. Du jour au lendemain, ils n’utilisaient plus le japonais qui me permettait de comprendre.

Malgré cela, je continuais de fournir un travail toujours plus professionnel qu’ils validaient à chaque fois.

Malheureusement pour moi, vers la fin de période d’essai de mon contrat, mon employeur a décidé de modifier le contrat afin de réduire le salaire. Lors de l’entretien, j’avais bien remarqué que c’était un détail qui les dérangeait. Mon supérieur m’avait donc dit que je pouvais continuer de travailler avec eux si j’acceptais cette réduction de salaire (moins de 1000 yens de l’heure).

Pendant de longues années, j’avais préparé ce projet au Japon en vu de m’installer avec un emploi. Mon parcours professionnel n’a pas été aussi simple non plus. L’expérience professionnelle que j’ai obtenu m’a permise d’acquérir des compétences en informatique. Et tout ceci avait une valeur à mes yeux.

Suite à cette réduction de salaire, très clairement je l’avais pas bien pris. Toutefois, j’ai accepté de travailler pendant une première journée. Puis j’ai voulu rediscuter avec mon supérieur pour lui faire part de mon incompréhension vis à vis de cette réduction de salaire. Sans rechigner, mon supérieur a mis directement fin au contrat.

Réalité difficile mais je ne pouvais pas continuer ainsi.

La culture du travail au Japon

À côté de ces aléas du travail au Japon, il y a 2 événements qui m’ont marqué dont un qui concernait un autre employé de l’entreprise.

Le premier événement marquant me concernait.

En soit, si cela arrive une fois en France, ce n’est pas grave mais au Japon, même une fois, cette faute se fait difficilement pardonner. Il s’agit des retards. Bien que je sois tout le temps à l’heure pour le travail, voire présent avant l’heure, il m’ait arrivé une fois d’être en retard (et oui ça arrive). Pour vous donner une idée, la dernière fois que je me suis levé en retard, c’était pendant mes années de lycées. Mais voilà, le retard au Japon n’est pas concevable.

Le jour où je suis arrivé en retard à l’entreprise, je me suis excusé auprès de mon employeur puis j’ai continué mon travail. Mais je n’aurai pas imaginé que cela suffisait. Je ne sais plus quel jour nous étions, mais l’ambiance c’était tout de suite alourdie durant les jours restants de la semaine. Mon employeur m’a fait remarquer que je devais m’excuser auprès d’un autre employé de l’entreprise. Chose que je n’ai pas tardé à faire. Mais encore une fois cela ne suffisait pas. Pour que mes excuses soient acceptées, il aurait fallu que je prononce une phrase japonaise plus respectueuse que le japonais que j’avais employé.

Le deuxième événement marquant concernait un employé.

Ce deuxième événement qui a eu lieu dans l’entreprise m’a complètement marqué. Dans les films japonais, vous avez peut-être déjà vu cette scène où un employé se fait lyncher par son patron. Et bien, c’est exactement ce que j’ai vu de mes propres yeux. J’ignore complètement ce que cet employé a commis, mais ce n’était pas un simple petit retard.

Alors que nous travaillions tous dans le calme, le patron se tourna vers l’employé en commençant à lui parler. Sa manière de lui parler laissait comprendre que l’employé avait fait une erreur que le patron venait de découvrir. Il a commencé à se mettre en colère en utilisant un langage japonais que je ne pouvais pas comprendre. Seules quelques insultes (merci les animés) me permettaient de comprendre que cet employé avait fait une bêtise. L’ambiance de la salle s’était complètement refroidie. L’employé se pencha à 90 degrés sans rien dire pendant au moins 5 minutes, pendant que le patron continuait de le lyncher.

C’était la première fois que j’assistais à une telle scène en entreprise. Je ne sais pas si c’est une façon courante de se faire gronder dans une entreprise japonaise. Mais il vaut mieux se tenir à carreaux pour éviter de vivre cela.

Mon avis du travail en entreprise japonaise

Parmi les différentes entreprises japonaises dans lesquelles j’ai exercé une activité professionnelle au Japon, cette société était celle qui m’a le plus marquée. Il ne s’agissait pas d’un contrat en baito, mais d’un contrat menant vers un emploi à durée indéterminée.

Cette expérience unique m’a permis de prendre beaucoup de recul sur la vie et le travail au Japon. Si j’avais accepté cet emploi payé au lance pierre, j’ignore jusqu’où j’aurai tenu. Bien que l’équipe était dynamique et conviviale, le côté culturel de la société pouvait considérablement plomber l’ambiance et le plaisir de travailler.

Je ne pourrais pas vous dire si mon cas est à part ou si toutes les entreprises japonaises au Japon sont ainsi. Mais si vous cherchez une entreprise au Japon, je recommande tout d’abord d’avoir un bon niveau de japonais (équivalent JLPT N3-2). D’ailleurs à propos du JLPT, toutes les entreprises japonaises ne connaissent pas l’existence du JLPT. C’est pourquoi vous pourriez trouver un emploi sans JLPT mais si vous travaillez dans une entreprise japonaise, il faudra savoir parler japonais.

Enfin, pour vous donner de meilleures chances de réussir, c’est d’avoir les compétences nécessaires permettant d’exercer le métier que vous recherchez.

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